Streaming : de 1 à 3 milliards de fausses écoutes en France

Ah ! c’est beau le streaming… Cela remplace les ventes d’albums pour déterminer quels sont les artistes et les genres de musique qui sont les plus écoutés. Sauf qu’à l’instar des “fake news” qui polluent le web, il y a maintenant les “fake streams” qui consistent à trafiquer les écoutes sur les plateformes en ligne. Selon un rapport publié le 16 janvier dernier par le Centre national de la musique entre 1% et 3% des streams en France étaient concernés, soit entre 1 et 3 milliards de fausses écoutes.

L’objectif de frauder sur les plateformes de streaming musical ? Gonfler les statistiques d’un artiste ou d’un titre. Ces chiffres représentent une vitrine pour les artistes qui peuvent ainsi mettre en avant le nombre d’écoutes en ligne de leur musique.

Le rap en tête des fausses écoutes en France

Pour tenter de quantifier le phénomène le ministère de la Culture avait saisi, à l’été 2021, le Centre national de la musique (CNM). Pour y parvenir, plusieurs acteurs du milieu – plateformes de streaming, maisons de disques, artistes ou encore distributeurs – ont accepté de travailler avec le CNM. Trois plateformes ont fourni des chiffres particulièrement détaillés : Spotify, Qobuz et Deezer. Amazon Music, YouTube et Apple Music n’ont pas coopéré à cette étude.

En tête des “fake streams”, on retrouve le rap : environ 85% des fausses écoutes sur Spotify et 27% chez Deezer. En dehors du rap, les musiques de relaxation sont également concernées : 12,3% des écoutes sur Qobuz, ou bien encore la musique religieuse : 2,1% des écoutes sur Deezer sont frauduleuses.

Pour arriver à déterminer les pratiques frauduleuses, les plateformes qui ont participé à l’étude ont mis en place des outils sur les comportements inhabituels d’écoute, notamment de très longues durées ou des morceaux passés à grande vitesse. Il ressort que, pour l’année 2021, entre 1 et 3 milliards de streams ont été considérés comme frauduleux, soit entre 1% et 3% du marché.

Quels est le danger des fausses écoutes ? Si les fortes augmentations du nombre d’écoute ne sont pas accompagnées par une augmentation du nombre d’abonnements, elles entraînent une diminution de la valeur de chaque stream et donc à terme peuvent avoir aussi des conséquences sur la rémunération des artistes.

Est-ce une pratique nouvelle ? Pas vraiment. Dans les années 60 et 70, à une autre échelle, les maisons de disque n’hésitaient pas à acheter leurs propres productions pour les faire grimper dans les hit-parades et donc en fausser le classement réel.

 

LN

Sources : Centre national de la musique, Radio France, Franceinfo, France Inter